CENTRE DE FORMATION POUR LES TRADUCTEURS INTERPRÈTES ET AUTRE PUBLIC
 CENTRE DE FORMATION POUR LES TRADUCTEURS INTERPRÈTES ET AUTRE PUBLIC

Exposé au colloque « Difficultés, méthodologie. La traduction juridique et le droit au langage » du 24 mai 2016 à Paris, Maison de l’UNESCO

 

Ce colloque est attaché à la réussite de notre profession en cours de grandes transformations.

Notre profession, c’est un métier que nous exerçons quotidiennement, c’est le domaine où nous avons acquis notre expérience professionnelle, c’est notre savoir-faire d’artisan, si l’on préfère, d’artiste  du Droit et des Langues.

Notre métier, c’est aussi notre personnalité. La diversité des langues devient richesse ; elle est fertile, la diversité est littéralement vitale.

La déontologie y joue un rôle considérable. Nous exerçons dans plusieurs langues mais, à profession unique, à déontologie unique, pour inspirer à tous les mêmes reflexes, la même solidarité face aux grandeurs et aux servitudes de la profession.

Le traducteur exerce ses fonctions avec intégrité pour se conformer à l’honneur de son état, pour se rendre digne de sa mission. Il exerce donc avec dignité, conscience, indépendance, probité, dans le respect de son serment. Il respecte, en outre, dans cet exercice, les principes d’honneur, loyauté, modération, courtoisie et respect ; il fait preuve de compétence, diligence et prudence.

Il respecte le secret professionnel. Le secret est d’ordre public. Il est général, absolu et illimité dans le temps.

En termes de discipline, il a un devoir de prudence, de réserve.

A l’audience, il participe, par son attitude, au respect des personnes auxquelles il prête assistance linguistique et à la dignité du débat judicaire. 

L’attitude de l’interprète reste, en toutes circonstances, empreinte de neutralité ; il ne laisse pas transparaître des sentiments personnels, de sympathie ou d’antipathie, vis-à-vis des personnes impliquées dans les causses dans lesquelles il est appelé.

La notion de traducteur juridique est si vaste qu’elle me permettra une belle part de liberté d’esquisser le nouveau portrait du traducteur, tel que je peux l’espérer. De nouvelles dispositions soumettent les nouveaux traducteurs à un statut professionnel unique : être issu de la faculté de droit ou d’une école de traducteurs, connaître les nouvelles techniques de communication avec les juridictions. Pour dire qu’être traducteur, c’est d’exercer de façon professionnelle.

Etre un professionnel, c’est avoir des obligations. Le traducteur est tenu à une obligation de résultat et non de moyen, la loi lui faisant obligation d’une traduction fidèle, non erronée, non détournée.

Les avocats sont crus sur leur robes ; ces robes, que certains jugent désuètes sont signes d’égalité et d’unité et, par conséquent, de force. Nous sommes simplement des hommes et femmes à travailler sur les mots ;  nous serons crus, voire jugés, en fonction de nos écrits, nos paroles et nos mots.

Je dis « mots ». Mais attention, ils sont trompeurs ! Puisque dans notre métier, les mots que nous traduisons vivent à l’ombre du droit.

Le droit doit être notre point de repère.

Le traducteur  passe d’un savoir littéraire à un savoir juridique. Ce savoir fera de lui un homme d’intelligence juridique, ce qui l’amènera à s’exprimer en droit comme s’il s’exprimait en prose.

Mais le droit est si diversifié qu’il ne se limite pas au procès, au judiciaire, son champ est immense.

Tel le juriste, le traducteur ne peut tout savoir, mais tout traducteur devrait tout comprendre. Avant de traduire, il devra comprendre, or cela n’est pas chose simple, puisque le droit est difficile pour le traducteur ; la traduction juridique l’amène sur un terrain qui n’est pas le sien.

La sécurité des actes juridiques est au cœur du droit. L’exigence d’une traduction fidèle s’inscrit dans la lutte contre l’insécurité juridique. Le doit ne peut tolérer l’insécurité. Le cachet apposé par le traducteur sur un acte traduit est un gage que cet acte peut recevoir un caractère de force probatoire. Cela dépend de  la qualité de celui qui conçoit la traduction, la rédige et la signe. Sa signature et son cachet engagent sa responsabilité. S’il traduit pour la justice, le traducteur est investi d’une mission de service public comme les avocats, les notaires, les huissiers. Je vois là un signe de confiance qui lui est donné.

Pour traduire, la clarté, la concision, la précision sont les maîtres mots, eux seuls ont le pouvoir d’exprimer le discours du droit.

Qu’est-ce que l’interprétation ou la traduction ? Ses outils ? Le verbe serait-t-il le seul instrument, le seul pouvoir ? Quelle est la place du traducteur à l’intérieur de la Justice ? D’accorder assistance linguistique à une personne et, de là, d’établir le dialogue entre cette personne et son juge. Si on assigne le traducteur à une traduction fidèle et loyale, c’est que son intervention s’inscrit dans la quête de recherche de vérité, car l’acte de justice est une vérité par évidence. La traduction se met ainsi au service du Droit.

Son rôle ? Non seulement de contribuer à la recherche de vérité,  à l’exercice du droit à la défense et au procès équitable, mais aussi de restituer la parole de celui interrogé par la justice, afin que  les juges puissent statuer en toute sérénité et  dignité.

Je parle donc de la contribution du traducteur à la mise en œuvre de la Justice, de sonrituel, du sentiment de quiétude et de sérénité dont les juges ont besoin pour statuer ; ces juges qui ne font que statuer, c’est-à-dire juger les  hommes et les actes.

Mais qu’est-ce qu’un traducteur juridique ? Un homme dont la générosité n’est pas seulement celle d’un amoureux des mots, mais aussi celui qui, par ses actes traduits, met la traduction au service du Droit. C’est à cela qu’il a pensé lors de sa prestation de serment. En son honneur et en sa conscience.

 

                                                                                                                                       Dorina Irimia

                                                                                                                                       Expert judiciaire

                                                                                                                                       Formatrice en droit